Un cap réglementaire qui rebat les cartes du PET
Le secteur européen de l'emballage plastique vit une séquence rare. Publié au Journal officiel de l'Union européenne le 22 janvier 2025 et applicable à partir du 12 août 2026, le règlement (UE) 2025/40 dit PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) remplace une directive de 1994 et impose un cadre commun à l'ensemble des États membres. Sa portée opérationnelle est considérable : recyclabilité obligatoire à grande échelle, étiquetage harmonisé, restrictions sur certaines substances, et surtout introduction de seuils minimaux de contenu recyclé dans les emballages plastiques, avec un palier dès 2028 pour les emballages PET.
Pour les transformateurs de pots et flacons en polyéthylène téréphtalate, cette inflexion ne se résume pas à un simple ajustement de cahier des charges. Elle suppose de revoir les sources d'approvisionnement, d'investir dans des outils compatibles avec les résines recyclées, de documenter la traçabilité de la matière et, dans bien des cas, d'élargir le périmètre des applications industrielles vers des produits jusqu'ici conditionnés en verre ou en métal. Cette équation, à la fois réglementaire, technique et commerciale, place les industriels du PET rigide au centre du débat sur l'économie circulaire.
ActiPack, fondée en 1992 et spécialisée dans la fabrication de pots et flacons en PET par injection soufflage bi-orientée, propose un cas concret d'adaptation. Ses dirigeants seront présents à ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS 2026, salon dont la nouvelle édition se tiendra du 24 au 26 novembre au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte.

Trois sites européens, une réponse industrielle continentale
Le positionnement géographique d'ActiPack reflète une logique propre à la filière des emballages rigides : produire au plus près des conditionneurs, en limitant les coûts logistiques et les délais sur des contenants par nature volumineux mais peu denses. L'entreprise s'appuie aujourd'hui sur trois sites de production complémentaires en Europe.
Le premier site historique se trouve en France, autour de Saint-Étienne, en synergie avec Loire Plastic Industrie, société sœur spécialisée dans l'injection plastique et les solutions de bouchage. Depuis 2001, un site en République tchèque (Janovice nad Úhlavou) produit des pots et flacons en PET ainsi que des flacons en PEHD. Acquis en juillet 2016, le site allemand (anciennement KKT GmbH) ajoute des compétences en injection soufflage cycle chaud, soufflage cycle froid, extrusion et co-extrusion. Enfin, novembre 2023 a vu l'intégration de Silte SRL en Italie, positionnée elle aussi sur les pots et flacons en PET et PEHD.
Cette structuration en quatre points industriels permet de couvrir un spectre client allant de la cosmétique (qui représente, selon les chiffres communiqués par ActiPack, 69% de son activité) à l'agroalimentaire (27%) et aux loisirs et produits divers (4%). Elle illustre une tendance plus large à la consolidation continentale dans la transformation du plastique, où les acteurs cherchent à gagner en taille pour amortir les investissements liés à la réglementation et à l'éco-conception.
ISBM Hot Fill, l'élargissement du périmètre d'usage du PET
Au cœur du savoir-faire d'ActiPack se trouve une technique précise : l'injection soufflage bi-orientée en cycle chaud (ISBM). Cette technologie consiste à fabriquer une préforme par injection, puis à la souffler dans un moule pour obtenir un corps creux. La bi-orientation des chaînes de PET améliore les propriétés mécaniques (résistance au choc, à la pression interne) et la tenue de la barrière, deux paramètres essentiels pour les liquides comme pour les produits semi-pâteux.
Avec un parc de plus de 44 presses d'injection soufflage bi-orientée en cycle chaud et une bibliothèque de plus de 60 préformes couvrant des contenances de 10 ml à 5 000 ml et des bagues de 13 mm à 110 mm, l'entreprise dispose d'une matrice technique qui lui permet d'aborder une majorité des demandes du marché. La gamme « Hot Fill », illustrée par le flacon Volcano 500 ml conçu sur bague vis 38 mm standard, en est une déclinaison récente.
Le remplissage à chaud (Hot Fill) consiste à remplir les contenants à une température comprise entre 85 °C et 95 °C, ce qui permet de neutraliser une part significative de la charge microbienne sans recourir à des conservateurs ni à des conditions strictement aseptiques. Historiquement réservé au verre, ce procédé devient compatible avec le PET grâce à des outillages dédiés et à des géométries spécifiques de bouteille. Les applications visées englobent les confitures, les sauces, les jus de fruits, les thés glacés, les boissons isotoniques et certains produits laitiers végétaux. Pour un transformateur PET, l'enjeu est double : conquérir des segments jusque-là dominés par le verre, plus lourd et plus énergivore au transport, et offrir une alternative au métal dans certains formats portatifs.
Du RPET à l'allègement, une trajectoire d'écoconception
L'ouverture du PET au remplissage à chaud accompagne une autre tendance de fond : l'incorporation croissante de matière recyclée. Selon le rapport publié en 2025 par Plastics Recyclers Europe, fédération qui représente plus de 200 entreprises du recyclage plastique sur le continent, la croissance des capacités installées s'est nettement ralentie en 2023, dans un contexte de concurrence des résines vierges et d'imports à bas coût. Côté demande, les analyses publiées par le média sectoriel Packaging Europe sur l'état du marché PET en 2025 confirment que la consommation de PET pour bouteilles continue de progresser, mais que les capacités de RPET européennes peinent à suivre les seuils visés par le PPWR.

ActiPack propose ses fabrications en différentes proportions de RPET : 25 %, 30 %, 50 % ou 100 % de matière PET recyclée, selon les contraintes d'application et les minima de commande. La matière RPET utilisée est certifiée contact alimentaire, condition indispensable pour servir les marchés de l'agroalimentaire et de l'épicerie liquide. L'entreprise a renouvelé en juillet 2025 sa certification LNE MRP « Incorporation des Matières Plastiques Recyclées » (parties 1 et 2), un dispositif géré par le Laboratoire national de métrologie et d'essais qui audite les flux de matière recyclée intégrés dans la production.
Au-delà du RPET, l'écoconception passe par l'allègement des emballages. Le département R&D d'ActiPack revendique des solutions de réduction de matière pouvant atteindre 20 %. Cet axe rejoint l'un des objectifs structurants du PPWR, qui pousse à limiter le surdimensionnement et le vide non fonctionnel dans les emballages mis sur le marché européen.
L'entreprise a obtenu en 2025 la médaille de bronze EcoVadis et un score B au SME Climate 2024 du Carbon Disclosure Project (CDP). Son site stéphanois est aligné sur le décret n° 2021-461 du 16 avril 2021 relatif à la prévention des pertes de granulés de plastiques industriels dans l'environnement, pris dans le cadre de la loi AGEC.
Un acteur de la filière à retrouver à ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS 2026
L'édition 2026 d'ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS s'annonce comme un point de convergence pour les acteurs de l'emballage et de l'intralogistique. Près de 850 exposants et marques sont attendus, avec une fréquentation visée d'environ 24 000 professionnels. Le salon a été restructuré autour de quatre pôles (Emballages et matériaux, Design et impression, Process et conditionnement, Intralogistique et transport) et complété par un nouvel espace baptisé Re-génération, dédié aux usages renouvelables, recyclables ou compostables.
Les Paris Talks, programme de conférences inauguré pour cette édition, aborderont les nouvelles réglementations, l'anticipation des contraintes environnementales et l'adaptation des modèles économiques. Pour un industriel comme ActiPack, dont l'offre repose précisément sur la combinaison entre injection soufflage bi-orientée, RPET certifié contact alimentaire et procédés Hot Fill, ce contexte programmatique offre un cadre pertinent pour échanger avec les conditionneurs, les bureaux d'études et les marques engagées dans la révision de leurs gammes d'ici 2028.
La trajectoire d'ActiPack ne raconte pas seulement l'histoire d'une PME de la transformation plastique. Elle illustre, à l'échelle d'un groupe régional devenu européen, la façon dont la filière du PET rigide compose avec un calendrier réglementaire serré, une matière première recyclée encore tendue, et des marchés clients (cosmétique, agroalimentaire) eux-mêmes pris dans leurs propres engagements de durabilité.
