ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS a réuni pour ce webinaire trois intervenants aux expertises complémentaires : Vincent Collard, directeur recyclabilité et ressources chez Citeo, Agnès Jacquot, directrice RSE et communication des Sources Alma (marque Cristalline), et Arnaud Revel, directeur des opérations de USEO,acteur industriel spécialisé dans la fabrication d’emballages durable.
Emballages plastiques : 2 millions de tonnes, 30 % de recyclage
Avant d'aborder les stratégies, Vincent Collard a posé les chiffres. En France, l'emballage plastique ménager représente 1,2 million de tonnes mises en marché chaque année, un chiffre qui monte à 2 millions de tonnes si l'on intègre les emballages industriels et commerciaux. Le taux de recyclage du plastique se situe autour de 30 % selon les données de Citeo, un niveau qui progresse mais qui reste bien en deçà des résultats d’autres matériaux comme le verre (85 %) ou l'acier (100 %). Environ 1 emballage sur 2 mis en marché est en plastique. Ce déséquilibre entre volume et recyclage effectif constitue le point de départ de toutes les réflexions du webinaire.
La bonne nouvelle, nuancée par l'intervenant de Citeo : 96 % des emballages toutes matières confondues sont déjà recyclables par leur design. Pour le plastique seul, en revanche, on est à 75 %. Vingt-cinq points restent à gagner, dans un délai court et sur un gisement massif. C'est précisément là que se concentrent les enjeux des prochaines années.
Sur un sujet similaire, l’article
AGEC, PPWR : deux textes et une logique d'ensemble pour l’industrie de l’emballage
La loi française AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) a structuré le cadre national autour de trois axes : réduction, réemploi, recyclage. Elle a aussi, comme l'a rappelé Agnès Jacot, engendré une période d'expérimentation marquée par une tentation de substitution systématique du plastique par le carton. Une démarche qui trouve ses limites lorsqu'on examine les bilans environnementaux réels des matériaux.
Le règlement (UE) 2025/40, dit PPWR, publié au Journal officiel de l'Union européenne en janvier 2025 et applicable à partir d'août 2026, vient rationaliser ce paysage. Contrairement à la directive qu'il remplace, c'est un règlement d'application directe dans tous les États membres, sans transposition nationale. Son effet premier est de mettre fin à la fragmentation réglementaire : jusqu'ici, chaque pays avait développé sa propre législation, créant des obligations contradictoires pour les fabricants opérant à l’échelle européenne.
Sur le fond, le PPWR introduit une logique de circularité par niveaux. Les emballages seront classés A, B ou C selon leur taux de recyclabilité effectif, et cette classification conditionnera les éco-contributions. Pour les contenants de boissons en PET, classés A et considérés comme les meilleurs élèves, les objectifs sont particulièrement exigeants : 30 % de matière recyclée intégrée d'ici 2030, puis 65 % en 2040. Plus largement, l'ensemble des emballages devra être recyclable d'ici 2030, et recyclé à bon taux d'ici 2040.
Un point a retenu l'attention des participants : dès 2030, le PPWR mettra fin à la période d'expérimentation des emballages mixtes carton-plastique. Les industriels devront choisir. Soit un carton sans aucune barrière plastique, ce qui suppose d'avoir résolu les problèmes techniques de barrière à l'eau, aux graisses et aux gaz, soit un plastique 100 % recyclable. Les assemblages multi-matériaux plastique-aluminium, notamment, seront interdits. Pour les entreprises qui n'ont pas encore engagé ce travail de mise en conformité, les nouvelles exigences du packaging industriel imposent d'agir sans attendre.
La circularité par l'exemple : la bouteille PET de Cristalline

Agnès Jacquot a apporté au webinaire un témoignage concret sur ce que la circularité signifie dans une logique industrielle intégrée. Sources Alma recycle du PET depuis 2009, avec une première usine à Lequin (Nord), à laquelle se sont ajoutés deux autres sites (Saint-Yorre dans l'Allier, et Charleroi). La logique : fabriquer soi-même le RPET nécessaire à la production des bouteilles, à partir des bouteilles collectées, pour garantir un recyclage thermomécanique apte au contact alimentaire et autorisant le retour bouteille-à-bouteille.
Agnès Jacquot a apporté au webinaire un témoignage concret sur ce que la circularité signifie dans une logique industrielle intégrée. Sources Alma recycle du PET depuis 2009, avec une première usine à Lequin (Nord), à laquelle se sont ajoutés deux autres sites (Saint-Yorre dans l'Allier, et Charleroi). La logique : fabriquer soi-même le RPET nécessaire à la production des bouteilles, à partir des bouteilles collectées, pour garantir un recyclage thermomécanique apte au contact alimentaire et autorisant le retour bouteille-à-bouteille.
Choisir le bon emballage plastique pour le bon usage : la démarche USEO
Arnaud Revel a abordé la question sous un angle différent : celui d'un fabricant d'emballages qui a choisi de partir de l'usage avant de choisir la matière. USEO a développé une gamme d'emballages réemployables pour la restauration rapide, aujourd'hui déployée dans plus de 2 500 restaurants en France. La mise en place de la vaisselle lavable et réemployable dans la restauration, rendue obligatoire en 2023, a constitué le point de départ d'un travail d'analyse de chaîne de valeur qui a duré plusieurs années.
Le résultat a conduit à des choix de matériaux distincts selon les usages. Pour les verres, le Tritan (copolyester) a été retenu : résistance aux lavages à plus de 90°C, transparence maintenue, robustesse au choc, absence de transfert. Des critères imposés par le marché lui-même : les tests ont par exemple établi scientifiquement qu'un verre transparent améliore la perception gustative chez le consommateur. Pour les saladiers et contenants de frites, le polypropylène (PP) a été jugé adapté : moindre contact direct avec la bouche, bonnes performances au lavage, et intégration possible dans les filières massifiées de recyclage en fin de vie.
Ce qui ressort de cette approche : il n'existe pas de solution unique et généralisable. Le prix, les cadences industrielles, les contraintes hygiéniques et la rotation des produits orientent les choix autant que les seules propriétés intrinsèques des matériaux. La bonne nouvelle : avec moins de 5 % de déperdition par cycle, le réemploi est opérationnel et rentable, à condition d'avoir investi dans la logistique de retour.
Filières de recyclage : choisir ses combats
Sur ce point, Vincent Collard a été particulièrement clair. Il n'est pas possible de créer une filière de recyclage pour chaque matériau. La massification est la condition sine qua non de la viabilité économique : des tonnages suffisants pour les recycleurs, des investissements amortissables sur la durée, un modèle de financement partagé. L'ère de l'innovation matériau en silo est terminée. Lancer 200 tonnes d'un nouveau plastique sur le marché sans avoir préparé sa filière de fin de vie, c'est s'exposer à l'interdiction pure et simple, comme le rappelle également le panorama des nouvelles règles plastique analysé dans la newsroom du salon ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS.
Citeo a contribué à faire émerger en 2024-2025 plusieurs nouvelles filières : polystyrène (avec des recycleurs en Espagne, Belgique et France), souples PP, barquettes PET-PE comme la barquette de jambon. Ces exemples montrent ainsi la faisabilité de tels projets, mais mettent également en exergue le fait que chaque filière représente plusieurs millions d'euros d'investissement et de fonctionnement. À l'horizon 2030, quatre résines concentreront l'essentiel des efforts de recyclage ménager : PE, PET, PP, PS. Les autres matériaux : PLA, PHA, polyuréthane, PET souple en emballage ménager, n'auront pas de filière et devront sortir du marché.
Pour le Tritan, utilisé dans le réemploi, la logique est différente : la collecte ne passe pas par le consommateur final mais directement entre le laveur et le recycleur, ce qui ouvre la voie à une filière dédiée. Un projet d'usine de recyclage du Tritan existe aux États-Unis (Eastman), et des discussions sont en cours pour l'Europe. Les volumes générés par le déploiement du réemploi en restauration rapide pourraient constituer le gisement nécessaire à sa viabilité.
2030, c'est demain : l'heure des arbitrages
La tonalité finale du webinaire a été celle de l'urgence raisonnée. Les entreprises qui n'ont pas encore engagé de travail sur la recyclabilité de leurs emballages plastiques doivent le faire maintenant. Celles qui produisent des emballages multi-matériaux incompatibles avec le PPWR ont moins de quatre ans pour trouver des alternatives. Et pour tous les acteurs, la réflexion sur les matériaux doit désormais intégrer d'emblée la question de la filière de fin de vie, un sujet que Citeo Pro avait également développé dans son interview consacrée à la REP des emballages professionnels.

L'innovation n'est pas absente du tableau pour autant. Citeo travaille notamment sur la mise en marché de bouteilles PET fabriquées à partir de CO2, une piste qui permet de rester sur un plastique connu des filières tout en se détachant de la ressource fossile. Une dynamique que prolonge également la réflexion sur les plastiques biosourcés comme réponse aux tensions sur les matières premières. Sur les matériaux existants, les marges de progression restent réelles : allègement continu, conception mono-matériau, amélioration de la collecte, développement du réemploi là où les bilans environnementaux le justifient.
Pour aller plus loin sur le cadre réglementaire qui s'applique aux emballages mis en marché, le webinaire sur la REP des emballages professionnels organisé par ALLFORPACK en janvier 2026 apporte un éclairage complémentaire indispensable, notamment sur les obligations de traçabilité et de déclaration applicables dès juillet 2026.
ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS sera l'occasion d'approfondir ces questions avec l'ensemble des acteurs de la filière. Rendez-vous du 24 au 26 novembre 2026 à Paris-Nord Villepinte pour découvrir les solutions, rencontrer les experts et anticiper les transformations à venir.
