Un chantier structurant pour toute la filière emballage, au cœur des réflexions portées par ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS.
La boucle du réemploi, comment ça marche ?
Le réemploi consiste à réutiliser un emballage plusieurs fois pour le même usage, là où le recyclage broie le matériau pour en fabriquer un nouveau. Concrètement, une bouteille en verre réemployable est consommée, rapportée par le client, lavée industriellement, puis remise en rayon remplie d'un nouveau produit. C'est cet aller-retour organisé que l'on nomme une boucle du réemploi.
Pour tenir à grande échelle, cette boucle suppose plusieurs conditions réunies simultanément : des emballages standardisés partagés entre plusieurs marques, une logistique inversée capable de collecter et d'acheminer les contenants, des centres de lavage certifiés et un geste de retour simple pour le consommateur. C'est précisément cette architecture que teste la démarche ReUse, initiée par l'éco-organisme Citeo pour préfigurer un dispositif de réemploi national et mutualisé destiné aux emballages alimentaires vendus en grandes et moyennes surfaces. L'intérêt environnemental est documenté : selon le dossier de presse de l'ADEME publié en juin 2023, l'analyse de cycle de vie met en évidence un avantage environnemental systématique de la bouteille en verre réemployable dès 2 à 4 utilisations, sur des indicateurs comme le changement climatique, l'acidification ou l'épuisement des ressources fossiles.
Le modèle repose sur une boucle logistique mutualisée, coordonnée par un fournisseur de service unique, Go! Réemploi, retenu pour deux ans (février 2025 à février 2027) à l'issue d'un appel à manifestation d'intérêt lancé par Citeo. Ce consortium présidé par Fabrice Peltier réunit plusieurs entreprises spécialisées dans la traçabilité, le lavage et la logistique. Deux centres de lavage opèrent le dispositif : Bout' à Bout' près de Carquefou et Haut la Consigne près de Lille.

Un test grandeur nature auprès de 16 millions de consommateurs
Le 12 juin 2025, Citeo activait ReUse dans un bassin de 16 millions de consommateurs répartis sur quatre régions : la Bretagne, la Normandie, les Pays de la Loire et les Hauts-de-France. Ces territoires ont été retenus notamment pour leur dynamisme préexistant en matière de réemploi. Le dispositif rassemble près de 400 acteurs, industriels, distributeurs et opérateurs, autour d'une même boucle. Alors que la grande distribution représente environ 85 % de la consommation d'emballages en France, moins de 2 % de ces emballages sont aujourd'hui réemployés, selon les données Citeo.
Douze mois plus tard, l'heure du premier bilan a sonné, et il se lit avec nuance. D'après les chiffres communiqués par Citeo, 663 000 emballages réemployables ont été mis sur le marché sur la période et 518 000 produits vendus, soit un taux d'écoulement de 80 %. Surtout, les ventes mensuelles ont été multipliées par treize, passant de 5 000 unités en juin 2025 à 67 000 en mai 2026. Le réseau s'appuie désormais sur 362 magasins actifs, contre seulement 28 au démarrage, avec six enseignes partenaires, 52 marques engagées et 169 références présentes en rayon.
Des résultats en deçà des ambitions initiales
Ces performances restent en retrait des objectifs affichés au lancement. Les 362 magasins actifs sont loin des 750 annoncés au démarrage, notamment en raison du retrait de Biocoop, confronté à la complexité de gestion de la consigne. « Le dispositif tel qu'il a été mis en place fonctionne », estime néanmoins Valentin Fournel, directeur innovation, éco-conception et réemploi chez Citeo, qui juge le mouvement « irréversible ».
L'indicateur le plus fragile reste le taux de retour. Sur un an, 108 000 contenants ont été rapportés dans les machines de déconsignation, soit un taux de retour moyen d'environ 24 %. Certaines références à forte rotation, comme l'eau, le lait ou certains jus bio, atteignent toutefois déjà 60 %. Cet écart confirme que le geste s'installe d'abord sur les produits du quotidien, achetés en volume. On comprend aussi qu'un consommateur ayant acheté une ou deux bouteilles consignées hésite davantage à les rapporter pour récupérer 10 à 20 centimes de consigne par contenant.
Ce que révèlent les premiers enseignements
Le principal apprentissage concerne l'accueil réservé au dispositif par celles et ceux qui l'ont testé. Les enquêtes menées par Ipsos auprès de 1 670 shoppers font ressortir une note moyenne de 8,6 sur 10 et une intention de réachat de 63 %. Une fois le geste adopté, la satisfaction est donc au rendez-vous.
Le frein se situe en amont. La notoriété reste limitée, puisque 21 % seulement des personnes interrogées déclarent connaître le dispositif avant leur entrée en magasin. L'offre demeure par ailleurs insuffisante : la variété des produits constitue le premier obstacle à l'achat pour 33 % des consommateurs, avec une moyenne de 17,5 références par magasin. La visibilité en rayon joue enfin un rôle déterminant, un produit clairement identifié comme réemployable atteignant un taux de retour de 48 %, contre 19 % pour un produit comparable moins visible.
Côté chaîne industrielle, la robustesse technique est confirmée : plus de 470 collectes réalisées, près de 50 000 emballages déjà lavés et remis en circulation, un taux de disponibilité des équipements de 95 % et un taux de casse divisé par deux en un an, de 2,6 % à 1,3 %.
Un dispositif adossé au cadre réglementaire européen
Cette expérimentation répond à des objectifs contraignants fixés à l'échelle française comme européenne. La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), adoptée en 2020, vise 10 % d'emballages réemployés mis sur le marché en France en 2027. À l'échelle de l'Union, le règlement (UE) 2025/40, dit PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), publié au Journal officiel de l'Union européenne le 22 janvier 2025 et pleinement applicable à compter du 12 août 2026, fixe des objectifs de réemploi progressifs à horizon 2030 puis 2040.
Ce cadre réglementaire figure parmi les sujets les plus structurants pour la filière. Les évolutions de vocabulaire et d'obligations introduites par le PPWR ont fait l'objet d'un décryptage des nouvelles appellations d'emballages, utile pour comprendre comment la standardisation des contenants, condition sine qua non d'une boucle mutualisée, s'inscrit dans le nouveau paysage juridique. L'articulation entre AGEC et PPWR a par ailleurs été analysée lors d'un webinaire consacré aux stratégies circulaires de la filière plastique, qui rappelle un principe simple : le réemploi ne se justifie que là où les bilans environnementaux le confirment. Les échéances concrètes du texte, dont l'application débute le 12 août 2026, ont enfin été passées en revue lors d'un webinaire dédié aux obligations à anticiper, avec une feuille de route opérationnelle pour la mise en conformité.
Cap sur le déploiement national de 2027
Fort de ces premiers résultats, Citeo prépare l'étape suivante. L'éco-organisme table sur une nouvelle phase dès 2026, avec l'élargissement de la gamme d'emballages standardisés R-Cœur, qui compte sept références au total, dont de nouveaux formats introduits en 2026 (bouteille à goulot étroit, pots, bouteilles de vin), et un réseau appelé à dépasser 450 magasins d'ici la fin de l'année. Un second semestre 2026 sera consacré à l'ouverture d'une concertation avec l'ensemble des parties prenantes, afin de définir les conditions d'un déploiement national : modèle économique, schéma logistique, modalités de mutualisation et trajectoire de montée en puissance. Après un an d'expérimentation, le débat ne porte plus sur la faisabilité technique du réemploi en grande distribution, mais sur les conditions de son changement d'échelle.

Ces standards R-Cœur, conçus pour être partagés entre plusieurs industriels, représentent déjà 70 % des volumes vendus. Ils incarnent le pari central de ReUse : sans mutualisation des emballages, des infrastructures et de la logistique, aucune boucle de réemploi ne peut atteindre une taille critique. C'est aussi ce qui distingue cette démarche des multiples initiatives locales de réemploi qui coexistent déjà en France.
Pour les fabricants d'emballages, les metteurs en marché, les logisticiens et les distributeurs, ces enseignements dessinent les contours des solutions qu'il faudra concevoir, standardiser et industrialiser dans les années à venir. C'est ce terrain qu'explore ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS, rendez-vous biennal de toute la chaîne de valeur de l'emballage, dont la prochaine édition se tiendra du 29 juin au 1er juillet 2027 à Paris Expo Porte de Versailles, au moment précis où le déploiement national du réemploi entrera dans sa phase décisive. Le salon consacre une zone d’exposition, Re-Génération, aux solutions de sobriété, de circularité, de réemploi et de traçabilité, tandis que le cycle de conférences Paris Talks place la consigne, la circularité et le cadre réglementaire européen au centre de ses débats. Autant d'occasions, pour vous, de confronter votre stratégie packaging aux retours d'expérience d'un dispositif qui bascule de l'expérimentation à la généralisation.
