Ces questions seront au cœur d'ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS, du 29 juin au 1er juillet 2027.
Boîtes à pizza, sachets de frites, papiers de cuisson, barquettes de plats à emporter : une partie des emballages alimentaires en papier-carton a longtemps dû sa résistance aux graisses et à l'humidité à des substances fluorées. Depuis le 12 août 2026, ces substances sont encadrées par des seuils très bas fixés par le règlement européen sur les emballages. La règle tient en quelques lignes. Sur les lignes de production, elle ouvre un chantier technique, documentaire et économique qui reste largement ouvert pour les papetiers, les transformateurs, les imprimeurs et les marques.
Emballage alimentaire : ce que fixe le PPWR depuis le 12 août 2026
L'article 5, paragraphe 5, du règlement (UE) 2025/40, dit PPWR et entré en application le 12 août 2026, s'applique aux emballages destinés au contact alimentaire. Il fixe un premier seuil de 25 ppb pour tout PFAS mesuré par analyse ciblée, hors PFAS polymères, et un second de 250 ppb pour la somme des PFAS. Un troisième seuil de 50 ppm vise la teneur totale en PFAS, polymères compris. Au-delà de ces valeurs, un emballage ne peut plus être mis sur le marché de l'Union.
La foire aux questions de la Commission européenne, publiée dans sa deuxième édition le 3 août 2026 par la Direction générale de l'environnement, précise la portée du texte. Les limites visent l'emballage dans son ensemble, y compris les encres, vernis, colles et adhésifs associés. Elles s'appliquent aussi bien aux PFAS ajoutés intentionnellement qu'à ceux présents de manière non intentionnelle. Aucune liste de PFAS assortie de numéros CAS ne sera publiée : les seuils concernent toutes les substances répondant à la définition du règlement. La Commission rappelle enfin que les emballages mis sur le marché avant le 12 août 2026 peuvent y rester.
Emballage : pourquoi le papier-carton comptait sur les PFAS ?
Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les PFAS forment une vaste famille de substances de synthèse utilisées pour résister à l'eau, à la graisse et aux taches, notamment dans les emballages alimentaires. Le papier-carton, lui, est peu protecteur par nature. CITEO rappelle que ce matériau hydrophile absorbe facilement l'eau, ce qui le cantonne aux produits secs ou oblige à lui associer d'autres matériaux. L'éco-organisme souligne aussi ses faibles propriétés barrières naturelles face à l'eau, à l'air et au gras.
La restriction répond à un enjeu sanitaire et environnemental plus large. L'EFSA a fixé en 2020 une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour quatre PFAS, et relève qu'une partie de la population européenne la dépasse. L'agence précise que la migration depuis les emballages pèse peu dans l'exposition humaine comparée aux autres sources. Le PPWR vise donc à lutter également contre la persistance de ces « polluants éternels » dans l'environnement, et pas seulement l'exposition par l'assiette.

PFAS : des alternatives, et autant de compromis
Plusieurs voies techniques existent. Le Centre Technique du Papier (CTP) travaille sur trois technologies clés. La première est le couchage en base aqueuse de produits barrières (émulsions, dispersions, biopolymères). La deuxième est la chromatogénie, qui rend les papiers et cartons hydrophobes et déperlants. La troisième est la lamination humide de microfibrilles de cellulose (MFC), qui apporte une barrière aux graisses, à l'oxygène et aux contaminants.
La chromatogénie illustre à la fois les progrès et leurs limites. D'après CITEO, elle rend le papier-carton barrière à l'eau et, associée au PVOH, barrière aux graisses. Le matériau conserve plus de 96 % de fibres cellulosiques, et la solution est validée pour le contact alimentaire sur des barquettes, des gobelets et des emballages souples. La barrière aux graisses repose toutefois sur un composant supplémentaire. La performance d'ensemble se construit donc par combinaison de solutions, et non par simple remplacement d'une substance par une autre.
Les travaux de recherche confirment que la substitution a un coût. Le projet européen ZeroF, coordonné par le centre de recherche finlandais VTT et réunissant 12 partenaires de neuf pays, en a fait l'expérience. Obtenir à la fois une forte étanchéité à l'eau et aux graisses à un coût raisonnable y a été un défi critique. Le projet visait à contenir sous 20 % la hausse de coût pour les consommateurs. Ses responsables pointent aussi le manque de données de sécurité sur les alternatives aux PFAS, qui a compliqué leur évaluation. Pour les industriels, chaque choix de barrière sans PFAS se fait donc au cas par cas, en ajustant les performances barrières aux besoins réels du produit emballé.
Recyclabilité : la barrière de demain sous surveillance
Une barrière efficace doit aussi passer le filtre du recyclage. Le PPWR impose que tous les emballages soient recyclables de manière économiquement viable d'ici 2030. Les actes délégués fixant les critères de conception en vue du recyclage doivent être adoptés au plus tard le 1er janvier 2028. La Commission européenne prévient qu'un composant intégré non recyclable peut dégrader la note de recyclabilité d'une unité d'emballage, voire rendre l'ensemble non conforme.

Côté filière, l'alliance 4evergreen a publié en octobre 2024 la troisième version de son guide Circularity by Design, avec des recommandations propres à chaque composant de l'emballage fibreux. Une section entière y porte sur les revêtements et traitements barrières. Pour un emballage alimentaire en papier-carton, la barrière retenue est donc évaluée deux fois : au regard de la sécurité alimentaire, puis de son comportement en usine de recyclage.
Comment prouver la conformité sans méthode harmonisée ?
La démonstration de conformité reste un point sensible. La Commission européenne reconnaît qu'il n'existe pas encore de méthodologie harmonisée à l'échelle de l'Union pour mesurer les PFAS dans les emballages au contact des aliments. Un protocole d'essai commun est en préparation avec les industriels, la société civile et les autorités des États membres, en lien avec le laboratoire de référence de l'UE pour les matériaux au contact des denrées alimentaires. L'analyse du fluor total sert de point de départ, et la Commission s'attend à ce que davantage de laboratoires investissent dans ces capacités d'analyse.
La conformité se joue aussi dans la chaîne d'approvisionnement. Les fabricants ont besoin des informations des fournisseurs de matériaux et des transformateurs pour repérer les PFAS et rédiger la déclaration de conformité. Selon la FAQ de la Commission, les fournisseurs ne peuvent pas refuser de transmettre cette documentation, mais la responsabilité juridique finale reste celle du fabricant. Les encres, vernis et colles entrent dans ce périmètre, ce qui soumet les imprimeurs et fournisseurs de consommables à la même exigence documentaire que les papetiers.
REACH, le prochain étage réglementaire
Le PPWR n'est pas le seul texte en préparation. D'après l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), la proposition de restriction universelle des PFAS au titre de REACH a été déposée en janvier 2023 par les Pays-Bas, l'Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège. Elle couvre l'ensemble des PFAS et de leurs usages, dont les matériaux au contact des aliments et les emballages. Le comité d'évaluation des risques (RAC) a adopté son avis le 2 mars 2026. Le comité d'analyse socio-économique (SEAC) a arrêté un projet d'avis le 10 mars, soumis à consultation jusqu'au 25 mai, et son avis final est attendu d'ici fin 2026. Le RAC estime que les mesures réglementaires actuelles ne suffisent pas à maîtriser les émissions.
Le PPWR lui-même prévoit un réexamen. Le règlement (UE) 2025/40 charge la Commission d'évaluer, au plus tard le 12 août 2030, la nécessité de modifier ou d'abroger la disposition sur les PFAS pour éviter les chevauchements avec les règles sur les matériaux au contact des aliments, REACH et les polluants organiques persistants. Les seuils d'août 2026 marquent donc une étape. Les choix de barrières alternatives faits aujourd'hui gagnent à anticiper un cadre qui peut encore se durcir.
Rendez-vous à ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS en juin 2027
Du 29 juin au 1er juillet 2027, ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS réunira la filière à Paris Expo Porte de Versailles, Hall 1. Le salon s'organise autour de quatre univers, dont Emballages & Matériaux et Design & Impression. Ces deux univers rassemblent les métiers directement concernés par la substitution des PFAS, des matériaux et revêtements barrières jusqu'aux encres, vernis et colles.
La mise en conformité avec le règlement PPWR ainsi que la lutte contre les polluants éternel au sein de l’emballage font partis des enjeux phares qui seront au cœur des discussions du salon ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS. Les ALLFORPACK INNOVATIONS AWARDS prolongent cette réflexion en permettant aux professionnels d’explorer de nouveaux emballages innovants intégrant ces problématiques. Les papetiers, formulateurs de couchage et transformateurs, réunis au sein du parcours Emballages & Matériaux, y retrouveront les imprimeurs et les donneurs d'ordre de l'agroalimentaire pour confronter résultats d'essais, contraintes de ligne et exigences de recyclabilité. C'est à cette échelle collective que l'après-PFAS du papier-carton pourra avancer.
