Le réemploi des emballages a quitté le stade des projets pilotes. Palettes, fûts, caisses plastiques et bouteilles consignées tournent depuis des décennies dans les circuits professionnels, et la grande distribution teste depuis juin 2025 une boucle mutualisée à l'échelle de 16 millions de consommateurs. La trajectoire fixée par le législateur reste pourtant éloignée, et plusieurs opérateurs peinent à atteindre l'équilibre économique. Tour d'horizon d'un marché qui change de dimension, à moins d'un an de l'édition 2027 d'ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS.
1,82 % d'emballages réemployés en 2024, loin de la trajectoire AGEC
Le bilan annuel de l'Observatoire national du réemploi et de la réutilisation, piloté par l'ADEME, recense 2,75 milliards d'emballages réemployés mis sur le marché en France en 2024, tous types confondus, soit un taux de réemploi de 1,82 %. Sur le seul périmètre des emballages ménagers, le taux tombe à 1,59 % pour 2,17 milliards d'unités déclarées, d'après le bilan 2024 de la filière emballages ménagers et papiers graphiques.
La loi AGEC fixait 5 % d'emballages réemployés en 2023 et vise 10 % en 2027, en unités de vente. Le décret n° 2022-507 du 8 avril 2022 décline cette trajectoire par seuil de chiffre d'affaires. En 2026, l'obligation atteint 5 % pour les producteurs de moins de 20 M€, 7 % entre 20 et 50 M€ et 8 % au-delà, avant 10 % pour tous en 2027, comme le rappelle la page consacrée au réemploi des emballages de l'Observatoire. Depuis 2024, toute entreprise mettant sur le marché au moins 10 000 unités de produits emballés doit déclarer son taux de réemploi, et les éco-organismes doivent consacrer au moins 5 % des contributions perçues au financement du réemploi.

Un réemploi déjà industrialisé dans les circuits professionnels
Le deuxième baromètre économique du vrac et du réemploi des emballages, réalisé par Deloitte pour Réseau Vrac et Réemploi avec le soutien de Citeo et publié en mai 2026, intègre pour la première fois les emballages professionnels. Sa synthèse stratégique recense plus de 1,2 milliard d'emballages industriels et commerciaux réemployés par an, avec un taux de retour moyen de 96 % et jusqu'à 120 rotations sur 15 ans pour les caisses plastiques. Les palettes (300 à 350 millions en circulation) et les IBC (900 000 collectés en 2024, dont 87 % réemployés) forment l'ossature de ce modèle, bâti sur des formats standardisés, des flux massifiés et des contrats B2B stables.
Les cafés, hôtels et restaurants font tourner plus de 850 millions de bouteilles en verre consignées par an via 600 entrepôts de grossistes, selon la Fédération Nationale des Boissons citée par le baromètre, auxquelles s'ajoutent 17 millions de fûts inox d'une durée de vie de 30 ans. En restauration collective, 217 cuisines centrales déclarent du réemploi auprès de Citeo Pro, avec 5,4 millions de boucles de bacs gastronormes inox réalisées entre mars et décembre 2024 et un taux de retour de 99 %. Le retour sur investissement est estimé à 7 ans pour une cuisine centrale qui internalise son lavage.
Emballages ménagers : une montée en charge réelle mais fragile
Côté grand public, 24,2 millions d'emballages ménagers hors consommation nomade ont été lavés et remis sur le marché en 2024, avec plus de 1 000 points de collecte actifs en magasin et une croissance de 45 % attendue d'ici fin 2026 chez les fournisseurs d'emballages, toujours d'après le baromètre 2026. Les taux de retour varient fortement selon les circuits, de 30 % en grandes et moyennes surfaces à 45 % en magasins bio, 92 % dans les drives spécialisés et 95 % en livraison à domicile consignée, circuit qui a collecté plus de 15 millions d'emballages en 2024 (+50 % sur un an). Le taux de rebut après lavage est tombé à 4 %, contre 15 % en 2023. La consommation nomade forme un gisement distinct, avec 110 millions de gobelets et 8 millions d'emballages repas réemployables lavés en 2024, 97 % de retour en festival mais 57 % seulement en restauration classique, et un coût d'entrée 5 à 15 fois supérieur au jetable.

La filière pèse 1 144 M€ de chiffre d'affaires en 2024 pour les opérateurs du réemploi et les producteurs, 9 000 équivalents temps plein et 20 % d'embauches supplémentaires prévues d'ici 2026, selon la même étude. La France comptait 64 centres de lavage opérationnels en 2024 et 19 nouveaux sites sont annoncés à horizon 2030. Ces sites restent pourtant sous-utilisés. Les capacités dédiées aux emballages ménagers tournent à environ un tiers, et 85 millions d'emballages supplémentaires pourraient être traités chaque année sans investissement majeur.
Cette sous-utilisation a un coût industriel et humain. Le laveur Uzaje, fondé en 2019 et exploitant 4 sites (Neuilly-sur-Marne, Avignon, Strasbourg et Lyon Saint-Priest), a annoncé le 11 mai 2026, à l'issue d'une audience au tribunal de commerce de Bobigny et faute d'offre de reprise, la cessation de ses activités, effective le 26 mai, après avoir lavé plus de 20 millions de contenants. Dans son communiqué, l'entreprise évoque « un marché dont le développement est resté plus lent qu'anticipé » et le flou des calendriers d'application des objectifs réglementaires. Les volumes, plus que les infrastructures, sont le maillon manquant.
ReUse, la boucle mutualisée qui prépare le déploiement national
Le 12 juin 2025, Citeo a activé ReUse dans quatre régions (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Hauts-de-France), soit un bassin de 16 millions de consommateurs. Plus de 360 magasins de six enseignes proposent des emballages réemployables, avec une cinquantaine de marques engagées et près de 170 références. Au bout de douze mois, Citeo comptabilise 518 000 produits consignés vendus, soit 80 % des produits mis en rayon, et une note de 8,6 sur 10 attribuée à l'expérience d'achat. Le taux de retour reste le point faible, avec 108 000 emballages rapportés, soit 24 % en moyenne et jusqu'à 60 % sur certains produits. La consigne, restituée au consommateur en automate ou en semi-manuel, est fixée entre 10 centimes pour les petits formats et 20 centimes pour les plus grands. La gamme standard R-Cœur, partagée entre industriels, compte 7 références, dont la bouteille à goulot étroit, les pots et les bouteilles de vin ajoutés en 2026, avant un déploiement national prévu à horizon 2027. Les enseignements de cette première année sont détaillés dans l'article consacré à l'expérimentation ReUse.
La boucle est opérée par GO! RÉEMPLOI, fournisseur de service unique retenu par Citeo pour 2 ans, de février 2025 à février 2027, à l'issue d'un appel à manifestation d'intérêt. Présidé par Fabrice Peltier, designer et expert en packaging éco-conçu et réemployable, ce consortium réunit Fabrice Peltier Création, Massilly Conserver, Bocoloco, Bout' à Bout' et Haut la Consigne. Il gère le parc d'emballages, organise collecte, tri, lavage et logistique retour, et administre le système d'information qui trace chaque contenant. Deux centres de lavage font tourner la boucle, Bout' à Bout' près de Carquefou et Haut la Consigne près de Lille. Depuis 2026, GO! RÉEMPLOI coordonne également la boucle de réemploi de plus de 320 magasins Biocoop.
PPWR et REP des emballages professionnels font basculer la réglementation vers l'obligation
Le règlement (UE) 2025/40, dit PPWR, applicable depuis le 12 août 2026, fixe des objectifs de réemploi par famille d'emballage. Les emballages de transport devront être réutilisables à 40 % en 2030, les emballages groupés à 10 %, et les distributeurs de boissons devront proposer 10 % de produits en emballages réutilisables, avec des exemptions pour les microentreprises et certains secteurs. Le texte fixe aussi des cibles indicatives pour 2040, respectivement 70 %, 25 % et 40 %. Ses premières obligations concrètes pour la filière ont été décryptées dans l'article dédié à l'entrée en application du PPWR et lors d'un webinar consacré aux échéances à anticiper.
En France, la filière REP des emballages professionnels, créée par le décret n° 2025-1081 du 17 novembre 2025, entrera en vigueur le 1er janvier 2027, après un report annoncé par le ministère chargé de la Transition écologique, comme le précise la fiche filière de l'ADEME. Trois éco-organismes ont été agréés le 5 juin 2026 (Citeo Pro, Leko Pro et Twiice), ainsi que trois systèmes individuels (Euro Pool System France, La Palette Rouge et International Pallet Pool), et les producteurs doivent adhérer avant le 31 décembre 2026. Son cahier des charges reprend les cibles européennes, avec 40 % d'emballages de transport réemployables en 2030, 100 % pour les flux entre sites d'un même opérateur ou entre opérateurs sur le territoire national et 10 % pour les emballages groupés sous forme de boîtes. Les éco-modulations récompensent déjà la réemployabilité, avec une prime de 5 % sur l'éco-contribution des emballages neufs réemployables dans la filière restauration.
Réemploi : quels freins et quels leviers pour changer d'échelle ?
Le baromètre 2026 recense des obstacles communs à tous les circuits, à commencer par des investissements initiaux élevés répartis sur toute la chaîne (emballages durables, lignes de lavage, collecte, tri, traçabilité, adaptation des lignes de conditionnement), des modèles économiques fragiles en phase de montée en charge et un déséquilibre de maturité face à un usage unique aux infrastructures amorties. S'y ajoutent le taux de retour insuffisant en grande distribution, l'absence d'obligation de reprise par les distributeurs, des sanctions peu dissuasives et la diversité des formats. Dans l'e-commerce, les emballages réemployables restent 2 à 4 fois plus chers que l'usage unique, pour des taux de retour de 10 à 45 % selon les modalités, jusqu'à 98 % en click & collect.
Quatre leviers communs se dégagent, à commencer par la massification des volumes, premier facteur de baisse du coût par cycle. Viennent ensuite la standardisation raisonnée des formats (R-Cœur, emballages RVR, bacs GN inox, EIC standardisés), la mutualisation des infrastructures de lavage et des hubs de massification, qui réduit les transports à vide, et une traçabilité adaptée, codes-barres ou QR codes pour les emballages ménagers, RFID pour les flux professionnels à forte valeur. Les financements suivent cette bascule vers l'industrialisation. L'ADEME a mobilisé plus de 46 M€ depuis 2019, Citeo 175 M€ cumulés entre 2023 et 2025, et Citeo et Adelphe ont engagé plus de 68 M€ en 2024 pour 228 projets, d'après le même document. Sur le plan environnemental, l'évaluation de l'ADEME publiée en 2023 établit qu'un emballage en verre consigné devient plus avantageux qu'un emballage en verre à usage unique dès 4 utilisations.

Les consommateurs et la communauté du salon ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS en attente “emballages réutilisables”
D'après le baromètre ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS/OpinionWay de novembre 2025, mené auprès de 1 001 personnes, l'emballage idéal est d'abord celui qu'on réutilise pour 41 % des Français, et 40 % anticipent en priorité un développement du réemploi dans les 10 ans. Un Français sur cinq (22 %) déclare ne choisir que des emballages recyclables ou réutilisables, mais 46 % citent le coût comme premier frein et 86 % jugent difficile de savoir si un emballage respecte vraiment l'environnement.
Du côté des 200 entreprises interrogées par le salon en octobre 2025 pour la même enquête, la législation est devenue le premier moteur des choix écologiques (55 % des répondants), devant l'impact environnemental de l'entreprise et les attentes des consommateurs. La montée des solutions d'emballages réemployables en plastique arrive en deuxième position des tendances attendues (38 %), et 35 % des professionnels perçoivent une demande accrue de réemploi de la part des consommateurs. Le prix des matériaux reste l'obstacle numéro un, cité par 65 % des répondants.
Rendez-vous à Paris Expo Porte de Versailles du 29 juin au 1er juillet 2027
L'édition 2027 d'ALLFORPACK EMBALLAGE PARIS se tiendra du 29 juin au 1er juillet 2027 à Paris Expo Porte de Versailles, au moment où le déploiement national de la consigne pour réemploi est attendu et où la REP des emballages professionnels vivra sa première année. La nouvelle zone d'exposition Re-Génération rassemble les solutions de sobriété des usages, de circularité et de réemploi, de traçabilité et de logistique responsable, à travers des innovations applicables à l'échelle industrielle. Les ALLFORPACK INNOVATIONS AWARDS 2027 distingueront les solutions les plus innovantes de l'emballage, du conditionnement et de l'intralogistique.
Chantal de Lamotte, Directrice du salon, annonce davantage de machines en démonstration et de rencontres qualifiées pour cette édition parisienne. Pour un responsable packaging, un acheteur ou un logisticien qui doit construire ou rejoindre une boucle de réemploi d'ici 2030, le parcours Emballages & Matériaux et les espaces d'animation offrent trois jours pour comparer les formats standardisés, les équipements de lavage et de déconsignation, les solutions de traçabilité et les retours d'expérience de ceux qui font déjà tourner les boucles.
